« JE NE SUIS PAS UN CANON DE BEAUTÉ… ET ALORS ? »

Acceptez-vous tels que vous êtes

Comment augmenter notre confiance en nous-même dans un monde autant axé sur l’image, la perfection et le désir irrésistible de popularité ou de plaire aux autres ? Les médias (publicités, magazines, TV,…) et les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, YouTube, Twitter,…) influencent notre rapport à nous-même et aux autres en accentuant l’importance de l’image que nous projetons par rapport au fait de se sentir bien tels que nous sommes.

Certains, pour contrebalancer leur malaise par rapport à eux-mêmes, tenteront de faire l’autruche ou de faire « comme si » en dorant leur image virtuellement. D’autres opteront pour des méthodes d’auto-persuasion positive (comme on peut en retrouver dans l’hypnose) en se répétant des phrases comme « je suis un canon de beauté », « je suis sûr(e) d’arriver à mon but » ou encore « j’ai confiance en moi », dans l’espoir que cela leur permettra de finir par y croire. La méthode Coué et la Loi de l’Attraction (également connue sous le nom de la Loi de l’Univers ou Le Secret), basées sur la répétition d’affirmations positives, sont à l’origine de la « pensée magique », selon laquelle « Il suffirait de dire les choses que l’on veut pour qu’elles se réalisent, comme par miracle ».

Loin de vouloir déprécier ces méthodes, qui dans certains cas procurent un apaisement immédiat en rassurant dans l’instant, il semble tout de même essentiel de préciser que leur seule application reste une solution superficielle et qu’à la longue, elles vont entretenir des comportements et des croyances problématiques pour la confiance en soi, parmi lesquels nous pouvons pointer deux principaux :

1) Rester dans sa zone de confort ;
2) L’illusion du contrôle sur nos pensées et nos émotions : « Mes actions sont déterminées par mes pensées et mes émotions » ou « Je peux supprimer mes pensées indésirables ».

Quel est leur impact négatif sur la confiance en soi ?

1) Rester dans sa zone de confort :

Souvent, l’immobilisme ou le fait de « tourner en rond » est provoqué par l’évitement de l’inconfort et de la gêne. Face à un problème ou une situation difficile, on peut passer beaucoup de temps à ruminer, à penser, jusqu’à ce que l’on puisse trouver une pensée/une idée que l’on jugera comme satisfaisante/réconfortante… sans réellement s’interroger sur sa pertinence. Mais cela représente beaucoup d’heures passées pour finalement obtenir peu de résultats probants.

Lorsque nous nous sentons triste ou en colère, il est naturel de vouloir fuir ou se distraire de cet état émotionnel désagréable. Cependant, c’est à travers l’écoute attentive de nos émotions que l’on peut arriver à retrouver notre équilibre. Il est bien sûr plus facile de rester dans une situation même non-optimale et qui nous est familière, que de sortir de sa « zone de confort » en se confrontant à ce qui nous pose problème et de tenter de changer la situation. Sortir de sa zone de confort est par nature désagréable et inconfortable, mais nier cet inconfort de façon trop régulière peut nous empêcher d’être lucides et provoquer un profond sentiment de mal-être qui aura des répercussions sur l’estime de soi et la confiance en soi.

Comme précisé plus haut, se convaincre soi-même qu’il n’y a pas de problème, que « tout va bien » ou recourir à la « pensée magique » comme moyen de se sentir mieux peut être tentant, car cela nous ramène à notre zone de confort. Mais cela nous pousse également à négliger les problèmes de fond. En fait, c’est un peu comme si nous appliquions sans cesse un nouveau pansement sur une plaie, au lieu de se pencher sur sa cause réelle et qu’au final, la situation ne faisait que s’aggraver. Apprendre à sortir de sa zone de confort nous amène à accepter et à apprivoiser nos émotions pour ne plus en avoir peur. C’est à ce moment-là que l’on peut s’ouvrir à leur message et sortir de l’immobilisme.

2) L’illusion du contrôle sur nos pensées et nos émotions :

La confiance en soi s’obtient par l’action et non par les pensées que l’on entretient. C’est en faisant que nous nous rendons compte de qui nous sommes et de ce que nous sommes capables de faire. Ainsi, croire qu’il suffit de penser autrement ou d’attendre d’en avoir envie pour changer ce qui ne va pas, nous pousse bien trop souvent dans les filets de la procrastination, de la culpabilité, du sentiment d’échec et de l’impuissance si l’on n’y arrive pas. Pourquoi ?

Tout d’abord, si l’on n’y parvient pas, nous allons nous en vouloir, car on va en déduire que c’est parce qu’on ne le désire pas suffisamment ou qu’on ne s’est pas mis dans les bonnes dispositions pour y arriver. Pourtant, si l’on attend que notre tête soit d’accord avec notre comportement, on peut attendre longtemps. En effet, nous n’avons que peu de contrôle sur les pensées et émotions qui nous habitent. Cela a été démontré à maintes reprises. Ainsi, si l’on vous demande, par exemple, de ne pas penser à un ours blanc, vous ne pourrez pas vous empêcher d’y penser et cela, quel que soit votre degré de motivation. De la même façon, si on vous paye pour tomber amoureux de votre voisine et que ce n’est pas le cas à la base, vous ne pourrez en aucune façon provoquer cette situation.

D’un autre côté, la bonne nouvelle, c’est que nous avons bien le contrôle sur ce que nous décidons de faire, sur nos actions, sur notre comportement. Mais si nous n’apprenons pas à prendre du recul face à nos émotions et à nos cogitations, nous aurons le sentiment que ce sont elles qui décident à notre place notre manière de vivre. Or si l’on en croit la Loi de l’Attraction évoquée plus haut, nos actions seraient déterminées par nos pensées, ce qui revient à croire en la toute-puissance des pensées. Mais en les plaçant de la sorte à la décision, nous avons vite tendance à nous réfugier derrière l’excuse du « c’est plus fort que moi » et cela peut même devenir un moyen aisé de se déresponsabiliser de nos actes.

Quelle solution alternative s’offre à nous ? De l’importance de privilégier l’acceptation de soi plutôt que l’auto-valorisation :

Les explications développées jusqu’ici démontrent que la confiance en soi et l’estime de soi sont impactées négativement par des réflexes de confort et d’évitement des problèmes de fond. Il existe pourtant une autre piste pour nous aider à séparer ce qui est de notre ressort de ce qui ne l’est pas, en privilégiant l’acceptation de soi plutôt que l’auto-valorisation.

Pour illustrer cela et en prenant comme base une affirmation telle que « je suis un canon de beauté », si l’on parvient à s’accepter vraiment, on peut la limiter à ce qu’elle est, soit ni plus ni moins qu’une pensée. Ceci n’est bien sûr pas une solution en soi, mais plutôt un exercice pour apprendre à séparer la pensée et l’émotion de l’action. Concrètement, dans cet exemple, on pourrait essayer de prendre du recul en se disant : « Je suis un canon de beauté, et alors ? C’est une pensée agréable, mais ce n’est pas cela qui va influencer la personne que j’ai envie d’être » ou encore « Je suis tout sauf un canon de beauté, et alors ? C’est une pensée désagréable, mais ce n’est pas une pensée qui va changer la personne que j’ai envie d’être ».

Avec la pratique, cette prise de recul face à ses pensées et ses émotions, en ne leurs accordant pas plus d’importance qu’elles ne devraient en avoir à la base, peut nous aider à rester maîtres de nous-mêmes et libres de faire ce que l’on veut vraiment. En effet, nous n’avons de prise que sur notre comportement, ce que nous décidons de faire face à nos émotions et pensées. La confiance en soi, qui s’acquiert par l’action, peut alors beaucoup plus naturellement prendre sa place dans ce processus.